La morille

Ah la morille, jamais champignons ne causa chez l'homme autant d'engouements et de tourments à la fois ! La morille c'est une folie dont beaucoup reconnaitront volontiers souffrir, un symptome qui revient chaque année un peu avant le printemps, et qui vous tient dépendant jusqu'au début du mois de juin ! Le morilleur, ou le fou de la morille, se caractérise ainsi par quelques manies assez notables. Fort peu bavard, il disparait discrètement et systématiquement à de nombreuses reprises, toujours à la même période, au printemps. Puis on le voit reparaitre aussi mystérieusement qu'il avait disparu, recouvert de brindilles et autres débris végétaux, qui ne laisse que peu de doute sur la nature bucolique de son obssession. On veillera toutefois à ne pas trop se coller à ce genre d'individu qui peut parfois être porteur de tiques. D'autres signes permettent de le repairer, sa conduite ératique sur les routes, ainsi que d'étranges tremblements en présence de certaines essences d'arbres, notamment le frêne...

Champignon à l'arôme fantastique, la morille se détache assez largement des autres espèces à bien des égards. En cuisine on pourra la marier à autant de plats que l'on désire, toutefois, étant cuisinier, ma préférence va aux viandes en sauces crémées. Le biotope de la morille est assez particulier, on ne la recherchera pas sur les postes habituels des champignons d'automne. Elle peut se faire rare dans certaines régions à la terre trop acide, en effet, le PH de la terre joue un rôle très important sur les critères de pousses. Cela est établit, a morille aime les sols calcaires ou basiques, cela sera détaillé plus loin. C'est un champignon passionnel qui révèle de fortes vocations.

On distingue plusieurs espèces et sous espèces. Pour faire court trois sont prédominantes. La morille conique la plus foncée (brune à quasi noire parfois) caractérisée par sa forme de cone. La blonde (jaunâtre pâle à beige) plus arrondie, nommée aussi morille ronde. La morille commune (grise) appelée aussi morille vulgaire (vulgaris), de vulgaire elle n'a que le nom car elle aussi est succulente. Toutes sont d'excellentes comestibles, mais seulement après une cuisson d'environ 20 minutes, ou une dessiccation (déshydratation, séchage); les morilles sont en effet toxiques voir mortelles consommer crues.

Où trouver des morilles ?

Prisée des chercheurs et gastronomes, la morille est très rare, discrète, capricieuse, pouvant se trouver dans des endroits totalement insolites. On la verra ainsi pousser à même le nouveau gravier du jardin, boostée qu'elle sera par la présence du calcaire contenu dans et sur le gravier. La terre fraîchement retournée, les forêts incendiées ou encore les coupes de bois de l'année précédente. Dans ces conditions on ne la trouvera qu'une parfois deux années consécuvites dans ce styles d'endroits. Ensuite il y a des diotopes très spécifiques ou elles reviennent fidèlement tous les ans pendant 15 à 20 ans, pour peu que l'on prenne soins de ne pas trop pietiner ces places et que l'on laisse quelques sujets lâcher leurs spores pour la reproduction. La période de la morille commence juste avant le printemps, et le point culminant semble en général être le mois d'Avril. Il n'est cependant pas rare de la croiser dès fin février près des littoraux jusqu'à début juin en montagne. La morille pousse à toutes altitudes.

 

 

 

L'importance du PH de la terre

C'est le facteur certainement le plus déterminant à prendre en compte pour espérer trouver des morilles sur certains secteurs. Il semblerait que ce fantasque champignon ne tolère que les sols basiques à calcaire, ou alors juste à peine en dessous. Les cartes géologiques permettent aussi de savoir les nature de sols, ceux qui sont propices sont ceux du jurassique et crétacés normalement en vert et bleu sur les cartes. Voici un lien pour une recherche dans votre région : www.geoportail.gouv.fr/donnees/cartes-geologiques . Le test du vinaigre permet de déterminer mais sans précision si une terre est calcaire. Dans ce cas on prélève un peu de terre et on verse du vinaigre blanc dessus, si une réaction moussante ou effervescente se fait, le sol est calcaire. Ensuite on trouve en ligne ou en jardinerie des testeurs de sol électronique pour une quinzaine ou une vingtaine d'euro, ce n'est pas excessif et plus précis car on peut déterminer à la virgule la teneur du sol, une aiguille sert d'indicateur. D'après toutes les information récoltées de-ci de-là il semble bien que les valeurs favorables commencent aux alentours d'un PH à 6,3 jusqu'au dessus de 7. Le nombre 7 détermine sur l'échelle de mesure le stade où la terre est neutre ou basique, au dessus de 7 elle est calcaire.

Schéma d'un cadran de testeur de pH de sol électronique

7 = sol neutre ou basique - 3 à 6,9 = sol acide - 7,1 et plus = sol calcaire

Fiez vous à certaines plantes comme le coquelicot et le trêfle blanc qui ne poussent que sur des sols calcaires.

 

 

Les biotopes fugaces ou éphémères

Sur ces sites les morilles ne pousseront que une à deux saisons pour ne plus jamais réaparaitre. Ces places sont des lieux où un boulversement aura eut lieu, souvent à l'origine de l'homme ou liées à des catasthrophes, tel que les incendies où l'on rencontreras la morille de feux.

La coupe de bois :

Les coupes sont effectuées généralement en prévention des incendies ou pour des raisons économiques (ventes diverses de bois par les propriétaires). Dans ces zones les branches et petits troncs sont souvent passés à la broyeuse, la résine et les essences d'arbres alors libérées au sol, pourra provoquer des pousses mémorables de morilles qui se nourriront de ces déchets d'arbres providentiels. Si une pousse à lieu, se sera  souvent directement le printemps qui suit la coupe, au plus tard le suivant. Les conifères surtout les pins sont les plus favorables.

Les endroits à prospecter en premier lieu seront les alentours directs des souches coupées ou déracinées, les traces laissées par le passages des buldozer et autres machines, ainsi que tout autres marquages où des troncs auront été tractés labourant ainsi le sol. Mais les morilles pourront aussi apparaître simplement dans le broyé des arbres, copeaux et sciure.

 

 

 

Les lieux rudérales :

on définis par rudérales ce qui croît sur ou près des décombres, certaines plantes comme l'ortie est une plante rudérale. Il en va ainsi aussi pour les morilles qui vont se plaire sur ce style de place incongrue, il faudra juste veiller à ce qu'aucune présence de déchets toxique ne soit à proximité. J'inclu dans ce style de places les alentours des ruines et vieilles bâtisses dont les murs en chaud d'autrefois peuvent alimenter la terre en calcaire.

Les zones de bois incendiés :

à l'instar des coupes ces zones se révèleromt intéressantes à prospecter dès la première et la deuxième saison qui suit l'incendie. Si un incendie survient en juillet/août 2019, la production de morilles pourra se faire dès le printemps 2020.

Les chantiers et travaux :

les chantiers peuvent parfois offrir des opportunités au cueuilleur. Le retournement de la terre, rèvélant parfois le mycélium de la morille au grand jour, peut aussi provoquer des pousses. J'ai le souvenir d'une collègue qui racontait que des morilles étaient apparues carrément au fond d'une tranchée lors de travaux sur son terrain. Donc le boulversement de la terre par l'homme est propice, tout comme un lèger déversement de chaux, de plâtre et de ciment au sol, des produits très calcaire, pourront avoir un effet booster sur une terre acide en faisant monter le PH vers un niveau neutre à calcaire.

Les carrières de calcaire, ciment et autres pierres calcaireuses :

Lorsque l'on se promène aux alentours de ces carrières on remarquera que la végétation est couverte d'une fine pellicule blanchâtre. C'est en fait le calcaire qui emporté par le vent va s'y déposer et imprégnera également la terre, faisant ainsi providentiellement monter la teneur des sols parfois trop acides au bon niveau pour la morille.

Biotopes de pousses pérennes (qui revient tous les ans)

MorillesCes zones bénies de Dieu ne se transmettent que de père en fils, ce sont des secrets jalousement gardés et trouver quelques unes de ces zones ou places vous offrira chaque année de quoi sustenter votre palai. Je ferai une distinction en classant ces endroits en différentes parties. Dans tous les cas l'apprentissage de connaissances des divers essences d'arbres et plantes s'avère indispensable, cela prend du temps en repérage mais à coup sur vous permettra de devenir un redoutable chasseur de morilles.

Les arbres fruitiers :

ce n'est plus à prouver, la morille adore les sols sucrés. Dans le cas des arbres fruitiers ce sont les fruits tombés et pourrissant au sol qui apporteront la matière dont se nouriront les morilles. Attention, il faudra éviter les vergers traités avec des pesticides et produits chimiques. Les vergers à l'abandon seront à prospecter sans hésitations. Les meilleurs producteurs de morilles sembles bien être les merisiers, pommiers, poiriers, cerisiers, et abricotiers.

Pommier en fleur à la mi-avril  
Pommier en fleur

 

Les conifères et sapinières :

Les forêts de conifères comme les sapinières pas trop denses ou leurs lisières offrent de bons biotopes propice à la morille conique. Un mélange de conifères avec du hêtre, d'autres feuillus, ou encore des fruitiers comme dans le Sud-Est de la France, où les pins et arbousiers aux petits fruits rouges font bon ménage, sont un bon facteur pour une prospection assidue. Les conifères produisent des terpènes qui sont des hydrocarbures, des composants essentiels de la résine dont on tire l'essence de térébenthine. La présence de ces hydrocarbures au sol semble être appréciés par les morilles, toujours à condition bien sur que la terre est un PH adéquat. Les conifères à privilégier sont les épiceas, les sapins blancs appelés aussi sapins pectinés, les pins noirs d'Autriche, et tous les pins en général. Différentes espèces de cèdres peuvent également produire des poussées, comme par exemple au Maroc dans les forêts de cèdres de l'Atlas où l'on peut cueuillir des morilles à profusion. Bref, vous l'avez compris, la connaissance des biotopes est incontournable. Dans pas mal de biotopes il semble bien que le troëne (ci-dessous photo) de la famille des oléacées comme le frêne soit un atout supplémentaire pour la symbiose.

Troëne

Zone humide à feuillus et plantes à sève sucrée :

MORILLE BLONDECes places peuvent se montrer très prolifiques en pousées de belles morilles blondes et communes, elles ne sont de plus pas très dures à détecter. En effet, il suffit tout simplement de repairer les ruisseaux, rivières et fleuves pour trouver presque à coup sur ces essences d'arbres et plantes favorables, le PH étant toujours le facteur le plus déterminant ne l'oublions pas. Ce sont souvent deux voir trois assossiations d'arbres et plantes qui vont pouvoir favoriser l'émergence de nos morilles. On appelle ça une symbiose, le mycélium de la morille s'amalgame avec les racines de végétaux pour s'en nourrir et croître. Le premier végétal lui apportera certains éléments nutritifs, un autre du sucre et un autre du carbone utile à la fructification. La morille se conduit ici en opportuniste vivant au crochet de ses hôtes.

Frêne bourgeonsUn des plus connu pour favoriser l'émergence de morille est sans aucun doute le frêne, l'arbre bien aimé des belles blondes et des communes, c'est avec le noisetier celui qu'il vous faudra absolument connaître et reconnaître. Voyez ci-contre la photo, elle a été prises à la bonne période, c'est à dire fin mars début avril pour vous aider à l'identifier grâce à ses bourgeons très particulier.

Autres photo toujours à gauche, voici notre ami le frêne un peu plus tard dans la saison, nous sommes vraiment toute fin avril cette fois et ses feuilles ont vus le jour. Vous devrez commencer vos recherches avant ce stade où les feuilles sont faites, non pas qu'il n'y est plus de morilles lorsque ses feuilles ont éclos, mais plutôt parce les morilles seront susceptibles de sortir dès l'éclosion des bourgeons comme sur la photo qui précède. Une autre information importante qu'il me faut vous confier, et que l'on entend de tous les morilleurs confirmés, c'est que la présence de galeries de petits rongeurs et de taupes à proximité d'arbres à sève sucrée, favorisent grandement la sortie des morilles. En effet, car lors de leurs déplacements incessants sous terre, ces petites bestioles occasionnent involontairement des blessures aux racines, qui elles libèreront donc plus de sève et par conséquent de matières nutrives. Le "sucrage" de la terre se fait entre la fin l'hiver et l'approche du printemps, le frêne et certains autres arbres débourrent c'est à dire relâchent l'exédent de sève sucrée par leurs racines dans le sol.

D'autres arbres et arbustes s'annoncent également comme très prometteurs. Et c'est le cas notamment du noisetier, sur la photo ci-contre prise fin avril. Cet arbuste que l'on pourra rencontrer aussi dans d'autres styles de biotopes, est connu pour être un des meilleurs géniteurs de morilles. Vous le repérerez aisément grâce aux noisettes tombées au sol qui ne se désagrègent pas en une seule année. On ne peut pas vraiment parler ici de tronc, mais plutôt d'un ensemble de branchages et de tiges sortant du sol. Sur notre liste viendra s'ajouter l'orme très bon lui aussi, sa feuille possède une particularité qui vous rendra l'identification assez facle, elle est asymétrique (c'est à dire plus courte d'un côté que l'autre à sa base, voyez la comparaison en images qui est faite ici : https://sureaux.blogspirit.com/archive/2012/11/21/reconnaitre-l-orme.html le lien s'ouvre dans une nouvelle fenêtre. Puis encore le charme, le peuplier ou tremble, les érables, l'aulne glutineux, l'acacia, le robinier (faux acacia), le hêtre, et toujours les fruitiers qui ne sont pas rares au bord de l'eau pourront vous réserver de belles surprises.

Le morillon (photo ci-contre) affectionne les zones innondables, c'est un très proche parent de la morille qui ravira aussi les fins gourmets, il est considéré comme un niveau en dessous au point de vue gustatif mais la différence est si minime qu'il faudrait être difficile pour ne pas y goûter, il est excellent. Les plantes favorables sont elles aussi assez nombreuses et les reconnaître va faciliter votre travail de recherche. Certaines pourront créer une symbiose avec la morilles, d'autres vous servirons simplement d'indices pour repérer ces zones humides qu'apprécient les morilles, morillons, verpes de bohème et verpes coniques, beaucoup moins intéressantes niveau goût pour ses deux dernières espèces cependant. Vous apprendrez vite à dicerner ce biotope qui se démarque bien des autres,

Voici une description des plantes susceptibles d'être présentes sur tous les bons biotopes

Violettes Violettes communes (fleurs violettes) et aussi la violette odorante (fleurs bleues ciel)
Mercuriale La mercuriale
hépatique à trois lobes
Les orchidées sauvages
Les jacinthes des bois sont en fleur (signal de départ de la saison des morilles)
La ficaire fausse-renoncule (un bon indicateur de zones propices à la morille)
Ciste cotonneux
Narcisse des poètes il nous indique que la saisons des morilles à démarrée
Pissenlits : peuvent parfois créer une symbiose directe avec la morille
L'ortie
Le lierre terrestre
Lierre rampant ou grimpant
Les pervenches biotope propice

 

Les arbustes symbiotiques des morilles

Comme pour les arbres, touts les alentours des arbustes susceptibles de produire des fruits sont à vérifier.

Le sorbier des oiseleurs ou sorbier des oiseaux (très bon)- le groseillier sauvage (bon pour morillon) - l'aubépine - l'églantier (espèce de rosier sauvage) - les ronces à mûres sauvages - l'alisier torminal appelé aussi alisier des bois ou Sorbier torminal (très bon) - néprun des Alpes - sureau.

Voici des photos de différentes espèces de morilles :

Photos Lucas Arminjon Morilles communes ou morilles vulgaires
MORILLE COMMUNE morille

 

Photos Jerome Monties Morilles rondes (rotunda)
morille blonde morille ronde

 

Photos Jean Marie Mang Morilles rondes appelées aussi blondes
morille ronde

 

Photos Jean Angelo Montani Rotunda ou Vulgaris
morille vulgaire

 

Photos Charly Reitpes Probablement communes ou vulgaris

 

Photos Andree Morel Morilles blondes (probable)

 

Morilles coniques Morilles coniques

Morille conique

Morilles coniques

 

morchella

 

Confusion possible

Attention à la gyromitre. Comestible pendant des décennies, la gyromitre a irrémédiablement évoluée vers la toxicité, les empoisonnements fûrent nombreux avant qu'elle ne se retrouve classée avec les champignons toxiques. De loin on peut la confondre avec une morille, mais en y regardant bien, on s'aperçoie qu'elle n'est pas alvéolée, c'est à dire qu'au contraire de la morille, elle n'a pas de mini cavitées profondes. Son relief tient plus d'un cerveau.

GYROMITREgyromitre

Les verpes

On en distingue deux sortes, verpe de Bohême et conique, ci-dessous celle de Bohême, sont chapeau n'est pas vraiment alvéolé et caviteux comme chez la morille. La verpe conique est bien plus facilement identifiable, son chapeau est complément lisse. Les verpes lsont toxiques à plus ou moins longue échéance, leur toxine s'accumule dans l'organisme qui fini un jour par saturer et déclencher une intoxication et des maladies graves. Les verpes sont de plus en voie de disparition sur certains secteurs. Pour enlever tout doutes il suffit d'examiner l'insertion du pied , cellui-ci n'est soudé au chapeau qu'en haut et reste libre partout ailleur. Chez la morille pied et chapeau sont soudés ensemble, du haut jusqu'à la base du chapeau ou cône.

Verpe de Bohêmeverpe

Voilà on a fait un bon petit tour d'horizon, si vous êtes en Provence, sachez que la morille aime bien le chêne vert et l'arbousier. Et où que vous vivez n'oubliez pas aussi le pourtour des lacs et étangs, où hormis l'humidité, la végétation se prête aussi à merveille à la momo...


Un grand merci à mes amis morilleurs sans qui cette page n'éxisterait pas !